Depuis plusieurs années, je travaille presque exclusivement sur des matériaux de récupération. Ma grande source d’inspiration me vient des canettes de boisson, bière ou soda que l’on consomme rapidement et dont on se débarrasse aussi vite. Bien que la filière de recyclage soit une des plus performantes, les poubelles publiques ou privées, les terrains vagues et les caniveaux en renferment de véritables gisements.
Une fois consommées et devenues inutiles, elles gardent intacte leur identité attractive mise au point par des spécialistes de la vente ne laissant rien au hasard.
Conçues pour susciter l’envie, produites par milliards, calibrées pour être stockées et voyager facilement, présentes dans le monde entier, elles illustrent parfaitement notre société soumise aux transnationales, à la mondialisation, la surconsommation et la surproduction de déchets. Le bonheur accessible à tous par la consommation de masse.
La rapidité de leur mise au rebut, coquilles vidées de leur sens en même temps que de leur breuvage, témoigne de la vacuité consumériste qui les a produites.
Elles sont souvent cabossées ou écrasées, parfois intactes, elles ont souvent gardé leurs couleurs et leurs graphismes et elles sont immédiatement identifiables, tant nous sommes confrontés à l’omniprésence de leurs logos.
Une fois « remises à plat », elles n’en restent pas moins de parfaites petites feuilles d’aluminium ou d’acier au format standardisé et dont les innombrables teintes métalliques forment une large palette chatoyante.
Lavées, découpées, décapées, poncées, froissées, essuyées, tordues, encrées, patinées, déformées elles deviennent une fois recomposées entre elles le socle de mon travail.
Clouées sur des panneaux de contreplaqué, cousues avec du fil de fer ou agrafées entre elles, tantôt peintes à l’huile, à l’acrylique ou au marqueur, tantôt supports de collages ou de calques, et souvent tout à la fois, elles sont pour moi un matériel d’une grande diversité dont je ne me lasse pas d’explorer les infinies ressources.
Depuis quelques temps, je travaille également avec des papiers alimentaires de récupération provenant notamment de sacs de sucre ou de farine de 25 kg.
Ces papiers froissés et déchirés, portant les descriptions de leur contenu passé, des précautions d’usage et de leur origine géographique quelques fois lointaine, exhalant parfois encore des parfums subtils, sont imprégnés de leur précédente fonction utilitaire. Vides, ils deviennent inutiles et sont détruits. Pourtant, entre le contenu et le contenant, pour qui sait regarder d’autre façon, ils incitent à rêver de voyages et de gastronomie dans un monde apaisé ou chacun aurait accès à une alimentation suffisante.